Dans la forêt de Fnideqaux confins du Maroc près
de la frontière des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, des tentes
de fortune entre deux rangées de grands arbres, devant l’une d’elles,
une dame, son bébé dans le dos, s’active devant un foyer d’où monte une
fumée épaisse. A côté, assis sous un arbre mort, un groupe d’hommes de
20 et 25 ans, devisent bruyamment. ’’Nous sommes du Congo-Kinshasa et
nous sommes ici pour chercher les moyens de nous rendre en Europe’’, dit
l’un d'eux.
"Lorsque les migrants entrent dans la forêt, soutient Serge Nguemo,
membre du conseil des migrants, une organisation créée par des migrants
pour sensibiliser, eux-mêmes, sur leurs problèmes, c’est pour procéder à
des attaques." Dans le jargon des migrants, attaque signifie passage en
force du grillage tranchant de 7 mètres de hauteur qui sépare l’Espagne
du Maroc. Pour réussir une "attaque", les migrants opèrent en grand
nombre, plusieurs centaines. "C’est pour faire face aux gardes civils
espagnols ou aux soldats marocains qui nous empêchent d’entrer en
Espagne", explique Lino, un migrant congolais. Ils s’arment aussi de
toutes sortes d’outils pour y parvenir : pinces, scies ou encore des
gourdins pour se défendre. Mais, si certaines attaques aboutissent,
comme début septembre 2013 où plus de 150 migrants avaient réussi à
défoncer le grillage de Melilla, "elles sont aléatoires, une sur 10
réussit", affirme Reuben Odoï de Terre des Hommes.
La dernière en date, le 22 janvier, a réuni 800 migrants d'Afrique
sub-saharienne repoussés par les forces de sécurité marocaines averties
par les Espagnols qui surveillent la frontière à l'aide d'hélicoptères
et de caméras. Aucun migrant n'a pu passer.
Désillusions
De nombreux Congolais campent ainsi dans des forêts marocaines proches
de Tanger, Oujda et Nador, des villes. Selon des chiffres officieux,
quelques 3 500 congolais séjournent au Maroc. "Beaucoup sont des
dignitaires du régime de Mobutu qui sont réfugiés ici, des étudiants
mais aussi les victimes des passeurs de migrants", avance Franck Camara
de l’Organisation démocratique des travailleurs immigrés (ODTI),
syndicat des immigrés créés en 2012.
On y trouve aussi des Sénégalais, les plus nombreux, des Camerounais,
des Guinéens, des Ivoiriens, des Maliens…que les autorités marocaines
chiffrent entre 40 000 et 50 000. Avant, ils partaient dans des
embarcations des fortunes pour rejoindre les côtes espagnoles, mais
depuis l’activation en 2012 de Frontex, l'opération de sécurisation des
frontières européennes sur la Méditerranée, le seul espoir des candidats
à l’immigration est de rentrer par Ceuta et Mellila.
Mais le plus souvent la désillusion est au rendez-vous comme le
reconnait Lubaki, un autre Congolais : "Je suis restée plus de dix mois
dans la forêt, mais je n’ai pas réussi à pénétrer dans l’enclave
espagnole". "Pour entrer dans la forêt, révèle Pablo, un candidat
malheureux à l’immigration qui s’est cassé les deux jambes en tombant du
grillage de Mellila qu’il avait réussi à escalader fin septembre, il
faut prévoir des vivres". Mais très souvent, faute de moyens, la
majorité des migrants y entre sans provisions. Ils sont ainsi obligés de
vivre à l’état sauvage ou d'attendre des vivres apportés par des
organisations caritatives espagnoles qui régulièrement visitent les
migrants dans les forêts pour les soigner.
Misère et conflits armés
"Si nous tenons tant à aller en Europe, c’est parce que là-bas au moins
on peut changer de condition : avoir un travail et manger à sa faim",
clame Aimée, une Congolaise qui a vécu plusieurs mois dans la forêt de
Gourougourou non loin de Melilla. "Ils ne vivent pas dans la forêt parce
qu’ils le veulent, soutient Cheick Mohamed Sylla, membre d’une
organisation de défense des droits des migrants, mais par crainte des
tracasseries policières car ils sont généralement en situation
irrégulière au Maroc".
La majorité de ces Congolais justifie ce choix de l'immigration par la
misère. "Chez nous au Congo-Kinshasa, les gens vivotent. C’est difficile
de trouver un travail bien rémunéré et la vie y est dure", déplore
Romain, un adolescent qui a bravé tous les dangers pour venir au Maroc.
Lino, un ancien enseignant du secondaire est tout aussi défaitiste.
"Travaillant à Kinshasa, je ne gagnais que 20 $ par mois. Un salaire qui
ne me permettait pas de m’acheter un pantalon dans une boutique". Les
conflits sont aussi l’autre raison du désespoir de certains Congolais
"maquisards". "J’ai été violée en 2009 lorsque la ville de Rutshuru est
tombée aux mains des rebelles. Dégoutée, j’ai pris la route sans trop y
réfléchir", affirme Préciose, originaire du Nord-Kivu.
Malgré une vie de clandestins sans moyens et des espoirs régulièrement
déçus, ces Congolais ne veulent pas rentrer au pays, sans avoir forcé le
destin car "voir l’Europe ou mourir" est leur devise.
Mohamed Ey'ekula
Dans les territoires de Rutshuru et Nyiragongo au Nord Kivu, libérés par le M23, les mines anti-personnelles font des ravages. Les zones dangereuses ont été repérées mais le déminage n'a pas encore commencé.
Antoinette Munyakazi, la trentaine, mère de quatre
enfants, marche péniblement sur deux béquilles en bois bricolées. En
janvier dernier, de retour de son champ, non loin du village de Kiringa
en territoire de Rutshuru, au Nord Kivu, elle a sauté sur une mine, dans
une déflagration assourdissante. Gravement atteinte à la jambe gauche,
elle a dû être amputée au niveau de la cuisse. Des accidents de plus en
plus fréquents et qui sont la hantise des habitants de Rutshuru et
Nyiragongo, au nord de Goma.
Un danger permanent
De source officielle, depuis le retour des déplacés de guerre dans leurs
villages d’origine après le départ des rebelles du M23, début novembre
2013, on a dénombré plus de 70 victimes des mines, dont 21 sont mortes.
ʺAu quartier de Bunyangula à Rutshuru, des enfants qui jouaient au
ballon ont marché sur une mine. L’explosion en a tué trois et blessé
grièvement quatre autresʺ, explique Jean Claude Mbabaze, président de la
société civile de Rutshuru.
Ces accidents montrent que de nombreuses mines et des engins de guerre
non explosés sont disséminés dans les deux territoires, fiefs des
rebelles du M23 jusqu’au début de cette année.
Pour de nombreux villageois, se rendre aux champs est ainsi très risqué.
Mais malgré le danger que représentent les mines dans ces zones
essentiellement agricoles, il est difficile d’empêcher les paysans
d’aller cultiver leurs champs ou de chercher du bois de chauffage. André
Ntamashagiro explique : ʺJe suis cultivateur et ma famille ne vit que
de cette activité. Je suis obligé d’y aller pour nourrir ma familleʺ.
Le déminage, une opération délicate
Face à l’ampleur du problème, le déminage devient une urgence. Mais,
selon le coordonnateur du service de déminage de la Monusco, sur le
terrain, l’opération est délicate et exige du temps. La première étape,
c’est le marquage. ʺC’est tout un travail technique pour déterminer le
type de mines dont il s’agit et ensuite organiser les équipes de
déminageʺ, précise-t-il.
C’est dans cette perspective que l’organisation SYLAM (Synergie pour la
lutte anti-mines), avec l’appui de l’UNOPS (Bureau des Nations unies
pour les services d'appui aux projets), a identifié 72 zones dangereuses
dans le territoire de Nyiragongo et 34 dans celui de Rutshuru. Face à
l’étendue du territoire de Rutshuru et faute de moyens et de temps,
l’opération n’a pu s’étendre à au-delà de ces zones.
Il reste donc beaucoup à faire avant de passer à la phase de déminage
proprement dite, indique Marion Ngavho, coordonnateur de l’ONG SYLAM qui
précise que ʺle processus est en cours et nous comptons relancer
prochainement les activités de déminage dans les deux territoiresʺ.
Les acteurs de terrain souhaitent une plus grande implication du
gouvernement dans la mobilisation face aux risques des mines, ʺen
attendant le déminage définitifʺ, indique le président de la société
civile.
Désiré Bigega
Organisation ‘’Démocratique’’ du Travail, dites-vous ?
Par Mohamed Mboyo Ey’ekula
L’assertion ‘’démocratique’’ dans l’Organisation ‘’démocratique’’ du travail est loin d’être à sa place. Cette organisation qui prétend être démocratique et surtout un syndicat qui défend le travail et les travailleurs, se complait des pratiques qui jurent avec la démocratie, encourage l’exploitation du travail d’autrui et surtout la canaillerie de Marcel Amiyeto, secrétaire général de sa branche chargée -?- des immigrés, Organisation ‘’Démocratique’’ des travailleurs immigrés, une véritable boîte à malice.
Tenez ! Le secrétaire général de cette organisation, Ali Lofti, a, dernièrement, tête baissée, commandité une ‘’réaction’’ -le mot est gauche- à un article paru dans Afrique Nouvelle, prenant de ce fait parti dans ce que cette ‘’feuille de choux’’ nomme ‘’affaire privée’’. Toute pudeur bue, le patron de cette organisation syndicale a voulu, dans une logique d’intimidation, faire comprendre à l’auteur de l’article, votre serviteur, que le plagiat était légalisé, la tricherie morale, les magouilles logiques et qu’il suffisait de s’affilier à l’ODT pour devenir intouchable !
Sinon, comment comprendre que, au lieu de demander à son ‘’poulain’’, malhonnête par-dessous tout, de faire amande honorable pour les faits qui tranchent avec l’esprit et l’essence même du syndicalisme qui lui sont reprochés, qu’il se permette d’instrumentaliser sa troupe des ‘’faire valoir’’ afin qu’elle se livre à des contorsions épistolaires à la limite de la psychopathie. O tempore O mores ! Plus, comme pris par une épilepsie mentale, qu’il tente d’inventer la machine à remonter le temps pour nous renvoyer dans un monde où la duplicité est un honneur.
Non, ce n’est pas juste quand Ali Lotfi soutient un quidam connu pour sa propension à se livrer au faux, à la manigance et son faible pour le ‘’raccourci’’. Horreur, il s’est -mais pourquoi ?- laissé entraîner dans une entreprise perverse qui, assurément, entache sa crédibilité comme syndicaliste censé défendre le travail soumis à l’arbitraire et un travailleur, en l’occurrence Mohamed Mboyo Ey’ekula, un journaliste accrédité dans le Maghreb, qui a été spolié et soumis à une exploitation proche de l’esclavagisme par un homme qui opère sous le parapluie de l’ODT.
Que ce thuriféraire du mal, prêt à tout pour défendre l’indéfendable, sache ceci : en dépit des intimidations et autres manigances, on ne peut pas faire taire une revendication légitime. Mais jamais ! Ainsi, à sa vindicte littéraire, il aura droit à une plume incisive. A moins que, comme il a eu à le faire dire par Franck Camara, un faussaire patenté et Rapporteur général de l’ODTI, qu’il fasse neutraliser ou encore expulser votre serviteur du Maroc, pays où il jouit d’un statut légal et est couvert par une convention internationale.
Est-ce que Ali Lotfi, connait
vraiment la valeur des jours et nuits de travail non rétribué? A passer à la
loupe les inanités verbales de sa ‘’réaction’’
par l’ODTI interposée, il me semble que non. Dommage
Les autorités de la RD Congo ont durci les conditions de traversée entre Kinshasa et Brazzaville, les deux capitales les plus rapprochées au monde. Depuis décembre, les Congolaises de Kinshasa âgées de moins de 30 ans n'ont pas le droit de traverser le fleuve Congo pour se rendre à Brazzaville, font savoir des agents de la DGM (Direction générale des migrations). Les autorités de Brazzaville se seraient plaintes de la "prostitution à grande échelle" voire "la participation à des tournages de films pornographiques" auxquelles se livreraient les jeunes femmes de la RD Congo.
Kinshasa a alors ordonné aux agents de la DGM d'appliquer à la lettre les mesures de sortie. Désormais les Congolais désireux de sortir du pays devront présenter un passeport en cours de validité à toutes ses frontières. Pour traverser à Brazzaville, ils devront aussi se munir du laissez-passer habituel ainsi que des documents obligatoires notamment la carte de vaccination internationale. Les femmes mariées devront désormais présenter une autorisation maritale et les enfants une autorisation parentale. Une invitation ou son équivalent est aussi obligatoire pour les étudiants et les touristes, ainsi qu’un registre de commerce ou son équivalent pour les commerçants.
Mesure conservatoire
Mais face au tollé provoqué par le durcissement de ces mesures, les autorités congolaises ont réagi en expliquant qu’elles sont générales et ne visent pas une catégorie de la population en particulier. Elles renforceraient juste les conditions de sortie à toutes les frontières du pays. A la gare fluviale de la Société commerciale des transports et des ports (SCTP ex-Onatra), le contrôle des pièces d’identité commence à plus de 100 mètres de l’entrée par les éléments de la police. La carte d’électeur, le laissez-passer ainsi que la carte de vaccination sont les documents que les agents demandent à voir en premier.
Les jeunes femmes âgées de moins de 30 ans, majeures pour la plupart, ne décolèrent pas de voir leur liberté de mouvement restreinte. Celles qui usent de leurs charmes pour franchir la barrière sont vite repérées à l’intérieur de la gare fluviale par les agents de la DGM et renvoyées. D’autres, non informées de la décision, sont surprises de se voir refuser la traversée alors qu’au niveau de la DGM, elles ont acheté de bonne foi leurs billets et laissez-passer. En effet aucun communiqué parmi ceux affichés aux guichets de la DGM ne mentionne ces décisions des autorités. "Comment on nous vend le billet et le laissez-passer, alors qu’ils savent que nous n’allons pas voyager. Ce n’est pas juste…", rage Gisèle, 24 ans. "Nous ne faisons qu’appliquer les décisions des autorités. Ces filles âgées de moins de 30 ans ont l'interdiction de traverser à Brazzaville. On a même envoyé à nos autorités des photos pornographiques de nos filles. C’est dire le ras-le-bol des autorités d’en face", explique un agent de la DGM. Pour calmer les esprits, la ministre du Genre, famille et enfant, Geneviève Inagosi, avait déclaré en marge du 2ème Forum mondial des femmes francophones, tenu début mars à Kinshasa, que "cette interdiction est une décision conservatoire, ce n’est pas une décision définitive".
Le sexe à la criée
A Brazzaville, il est vrai, les Congolaises de Kinshasa ont la réputation d’être des allumeuses. "Tonton, vous ne montez pas à cheval ", lâche Pauline, qui invite ainsi un homme à une partie de jambes en l’air. Pauline est l’une des prostituées de la Forêt de la patte d’Oie communément appelée par les Brazzavillois les "Maries de la forêt" où se prostituent de nombreuses ressortissantes de la RD Congo. On les retrouve également en nombre dans d’autres quartiers périphériques de Brazzaville, notamment Bacongo, Moungali et Poto Poto où elles débarquent en échappant parfois au contrôle de la police. La proximité de ces quartiers avec le Beach ou le fleuve Congo explique cette présence massive des Congolaises de Kinshasa. "Dans ces milieux, le sexe se vend à la criée, à l’instar de l’eau, des habits, du jus et autres produits", se désole un Brazzavillois qui affirme que le tarif de ses filles de joie varie entre 500 et 1000 Cfa (0,76€ et 1,52€). Il peut grimper jusqu’à 10.000 Cfa (15,26€) si le client présente bien.
Mais toutes ne vendent pas leur corps. On en trouve qui gagnent honnêtement leur vie en exerçant des petits métiers : bonnes, baby-sitter, servantes dans des restaurants, bar et night-club, vendeuses ambulantes… "Je préfère vendre mes oranges que vendre mon corps. Ce commerce me permet de louer une pièce où je vis dignement avec mon fils et ma petite sœur", explique Louise, habitant au Plateau de 15 ans dans le 4e arrondissement de Brazzaville. Bénédicte, mariée à un policier congolais, trouve que "c’est la facilité qui pousse certaines femmes à se livrer à la prostitution à ciel ouvert. Elles font honte à notre communauté alors que nous sommes aimées et préférées par certains dignitaires de Brazzaville", regrette-t-elle. A Brazzaville, les Congolaises de Kinshasa sont aussi réputées douces et serviables. Tant si vrai que les autorités ici entretiennent chacune sa Kinoise.
Didier Kebongo